De quoi rêvent nos dirigeants ?

Un vrai leader doit être prêt à tout sacrifier pour son peuple. Nelson Mandela

Dans son éditorial du 24 février 2026, Haïti et les Philippines, quarante ans plus tard : quelles sont les leçons essentielles ?, le rédacteur en chef du Nouvelliste, M. Frantz Duval, établit une comparaison entre les Philippines et notre pays. Dans ce texte, rien ne fait honneur à la grandeur haytienne. Tout ce qui ressort de cette comparaison, c’est notre incapacité à accomplir de grandes choses, à stabiliser le pays, quarante ans après la chute des Duvalier.  À la fin de son éditorial, il pose plusieurs questions, dont celle-ci : «Que rêvent nos dirigeants?»

D’abord, la question qu’il m’importe de poser est la suivante : peut-on réellement parler de dirigeant dans le cas d’Hayti post-Duvalier? Qui sont-ils? Que réalisent-ils pour le pays? Quels sont leurs bilans? 

Un dirigeant est avant tout une personne responsable, qui occupe une position d’autorité au sein des institutions et qui est capable, grâce à cette position, d’influencer de façon régulière la vie de sa nation. Il est le porte-étendard de la vision de sa société.

Au contraire, au cours de ces dernières années, nous n’avons vu aucun véritable représentant de cette envergure. Nous avons plus de «dirigeants-dirigés» que de dirigeants. Certains les qualifient de dirigeants popetwèl, d’autres de dirigeants applavantres. Toutefois, l’expression «dirigeants-dirigés» est la plus appropriée, car elle révèle l’ampleur du mal qui ronge notre société.

Même un enfant de trois ans vous dira que les personnes occupant une fonction étatique en Hayti ne sont que les exécutants des volontés des ambassades et consulats des pays étrangers. On voit bien que ce sont des aliénés qui défendent que les intérêts étrangers. Les exemples évoqués dans le débat public sont nombreux. Par exemple, plusieurs personnalités ont souligné, lors des élections de 2010, que l’ancien président René Préval a choisi d’expulser le candidat Judes Celestin sous l’ordre des forces étrangères. De même, un ancien sénateur, lors d’une entrevue, a déclaré avoir travaillé pour les États-Unis pendant vingt-cinq années.

Ces simples exemples traduisent une triste réalité ancrée dans la vie politique du pays : L’État haytien est pris en otage par un ensemble d’incapables qui nuit au développement de ce pays.

Que rêvent nos dirigeants-dirigés?

La question est excellente. Mais la réponse est dramatique et honteuse, car il y a une véritable tragédie dans notre vie nationale : nous n’avons ni de rêveurs ni de bâtisseurs au pouvoir. Nous n’avons que des exécutants sans vision, sans grande ambition. Nous n’avons que des hommes et des femmes qui ont échangé la dignité contre le sauvetage personnel. Un groupe de personnes qui sont pauvres mentalement et qui laissent un bol de riz obscurcir leur pensée. 

Ce sont des personnes qui ont fait de l’aplaventrisme un idéal de vie. 

Que peut-on rêver lorsque nous n’avons plus les notions de dignité, de grandeur, de fierté dans nos vocabulaires? Comment espérer une autre Hayti lorsque ceux qui devraient sauvegarder la grandeur de la nation se contentent de beke1 les miettes sous la table des autres? Que peut-on rêver quand les grains de riz occupent nos pensées nuit et jour? 

Tant que nous avons des dirigeants-dirigés, des charlatans, des  piètres, nous aurons toujours l’absence de ce que Lionel Trouillot appelle un grand chant national. Tant que nous avons les mêmes espèces à la tête de nos institutions, des personnes incapables de rêver grand pour eux-mêmes et moins encore pour la nation, Hayti restera enchaînée de ces sangwen2, malveyan3 et apatrib4.

La question n’est plus de savoir ce que rêvent nos dirigeants-dirigés, mais de savoir quand les hommes et les femmes de bien s’engageront pour chasser ces apatrides de la tête de cette grande nation qui a donné à l’humanité des géants tels que Jean-Jacques Dessalines, Le grand. 


  1. Beke ~ picorer
  2. Sangwen ~ sans-gêne
  3. Malveyan ~ malveillant
  4. Apatrid ~ apatride

Références :

https://lenouvelliste.com/article/264563/haiti-et-les-philippines-quarante-ans-plus-tard-quelles-sont-les-lecons-essentielles

Avons-nous des dirigeants de caractère en Haïti ?

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