Après la pluie, le beau temps, dit un adage populaire. Cet adage résume bien le parcours d’Anie Alerte, dit Zile, une artiste qu’après maintes péripéties, se relève assumée, confiante et libérée. Trop longtemps sous-estimé, elle a enfin pris son envol avec un premier album de 13 chansons, intutilé Vwayaj.
En lui-même, le titre de l’album évoque une transformation profonde de l’artiste, tant sur les plans physique, symbolique qu’initiatique. Elle embrasse sa fragilité, ses pertes, ses égarements, pour donner une œuvre remarquable, tant par sa sonorité, les thèmes abordés, les émotions dégagées et la créativité qu’elle manifeste.
Dans ce projet, on découvre d’excellents morceaux : Pa enkyete w, Difisil, Libere, Manman, etc. Toutefois, celui qui capte particulièrement mon attention est Leave Me Alone, le deuxième titre de l’album. Il raconte l’histoire d’une femme désenchantée, mortifiée, éteinte et anéantie par une relation amoureuse décevante.
Avec peu de mots, un ton posé et une voix puissante, l’artiste crache la douleur des milliers de femmes, aux prises avec une torture intérieure qu’elles n’osent raconter à personne. Souvent seule, les femmes endurent leurs humiliations, leurs déboires et leurs énièmes déceptions amoureuses.
Malgré les douleurs et les déceptions, elles ne veulent pas prendre le risque de finir leur vie seule. Elles font le pari de ce « sera le bon ». Le prince charmant venu panser les blessures passées, colmater les fissures d’hier et bâtir un avenir merveilleux avec elles. Pourtant, c’est l’histoire qui se répète à l’infini.
Dernièrement, je discutais avec un ami et ses propos m’ont laissé sans voix. Je cite : J’aime draguer les femmes. J’aime entamer des relations avec elles. Sérieuse ou non. Juste pour valider si je suis encore un homme. Combien de cœur brisés par la vanité d’une virilité à deux balles ? Combien de femmes desséchées dans l’âme par des fausses promesses ?
Leave me alone n’est pas juste une chanson. C’est une sensibilisation concernant des hommes qui ne respectent pas leurs paroles. Des hommes mariés qui cachent leurs relations maritales pour profiter d’une personne vulnérable. Des hommes qui promettent monts et merveilles juste pour satisfaire leur égo.
Notre société regorge des hommes prêts à faire des vaines promesses juste pour passer quelques heures avec une femme. Et après ? Ils s’en vont pour recommencer ailleurs, laissant ainsi la femme avec des blessures. Tel que chante Zile :
« M te di w mwen vle proteksyon
Ou te di m mèt konte sou pa w
M te di w jan lèzòm finn brize kè m
M pa kwè m t ap rete lanmou pou m ba w
Ou te di m soufrans mwen pral fini
Se yon lanmou ki pral mete m sou nyaj
Tout pwomès sa yo pandan w gen moun pa w »
Ces vaines paroles, ces fausses promesses et ces tromperies continuent de détruire des milliers d’âmes qui peinent à se reconstruire.
Dans une société où l’on blâme sans cesse les femmes pour tout, et que leurs ressentiments ne sont pas pris en considération, elles s’efforcent malgré tout de rester fortes. Dans ce schéma, beaucoup d’hommes ne cherchent pas à mesurer les conséquences de leurs actes, ils continuent à faire des ravages tels des immatures, des insensibles et des sans-vergognes.
Leave me alone est un cri essentiel dans une société en perte de repères et de moralité.
©photo : Facebook Anie Arlete


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