Ici-bas, il y a des rencontres qui ne sont rien d’autre que le destin. Il y a des personnes que l’on croise et, sans forcer, sans grands mots, sans faire semblant, tout devient si naturel. La personne t’accepte sans se plaindre, sans vraiment te connaître. Mais le croisement d’un regard ou d’un sourire veut tout dire.
La première fois que je l’ai rencontrée, son regard et son silence disaient tout. Elle m’a fait une place au sein de sa famille. Elle m’a considéré comme un fils, et n’a jamais cessé de parler de moi avec respect et sincérité.
Tu faisais partie de ces personnes avec qui je pouvais parler sans détour. Je te taquinais sans cesse sur tes histoires vécues — ta vie sous la dictature. Des histoires qu’on m’avait racontées, mais que les autres n’osaient pas aborder avec toi pour entendre ton point de vue. Moi, je te posais souvent ces questions qu’on n’ose pas poser. Et tu me répondais avec franchise, parfois avec diplomatie.
Il y avait tant de sujets à aborder. Surtout ces récits sur la dictature des Duvalier. Mais la vie en a décidé autrement. Mes questions sont restées dans un coin de ma tête. Je voulais ne les poser qu’à toi, car on riait souvent de ce passé. Je mettais parfois un peu d’épices pour que tu nous racontes encore plus d’histoires.
Je ne perds pas une grand-mère — la grand-mère de ma femme. Je perds une personne qui m’a aimé sans jugement, sans questionnement, simplement comme un fils.
Comme l’ont si bien chanté les Cowboys Fringants :
« Au bout du ch’min, dis-moi c’qui va rester ? » Eh bien, tu étais la réponse : de l’amour et des souvenirs.
Va en paix et continue de veiller sur ta famille – elle en a besoin.
Ton ami, ton fils,
Celui qui pouvait, sans retenue, te taquiner!


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